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Baobab aux étoiles - © Louise Jasper

Aujourd’hui je ne vais pas vous conter l’histoire d’un autre Roi, Basola et son zébu à trois cornes. Il s’agit de l’histoire qui s’est passé il y a bien longtemps entre le « Roi Blanc : Andriambolamena » et Basola.


Basola, comme Andriambolamena, étaient d’origine Arabe, né dans l’Anosy mais éduqué en Arabie et retourné en Arabie, il a laissé en pays mahafaly un tombeau (fasan’i Basola) gardé par ses descendants jusqu’à ce jour. Issu des Zafiraminia et des Antemoro, Basola s’appelle aussi Rakanjobe (« Grande-Robe ») chez les Bara, car il porte le vêtement long des Arabes, et Rakoba (« Farine blanche ») au Fiherena, car il a la peau blanche comme la farine. On l’appellait aussi Bassorah, puisqu’il portait, dit-on, le nom de sa ville d’origine, Bassorah, le grand port de l’Irak, devenu Basola en malgache…

Basola fut rendu célèbre par la possession d’un bœuf extraordinaire à trois cornes ; ce fut très célèbre parce que c’est une chose inconnue sur toute la terre et qu’il était le seul chez qui on pouvait voir cela. Le roi Andriambolamena apprit cela et il envoya un émissaire à Basola pour prendre possession de ce bœuf à trois cornes, en effet, il convenait que ce soit un roi qui soit en possession d’une chose aussi extraordinaire, et non pas un homme ordinaire, tel était le message du roi : « Allez dire à cet étranger que le roi veut avoir son bœuf. – Oui », dit l’émissaire. L’émissaire arriva auprès de Basola et transmit le message, mais Basola refusa la demande du roi. Le roi envoya un second émissaire, ce roi s’appelait Andriamanjaitse, mais Basola refusa de nouveau.

Le roi se mit en colère et avertit Basola de se préparer à la guerre s’il continuait de refuser de donner ce bœuf à trois cornes. Basola répondit : « Je suis prêt à l’affronter, demandez-lui de préparer le moment de la rencontre, je suis prêt, quoi qu’il veuille faire. »

Basola rassembla les gens originaires du pays et les rois, en particulier ses alliés Maroseragna, pour qu’ils assistent au combat qu’il aurait avec Andriamanjaitse. Avant de combattre, Basola fit prendre un taureau rouge et un autre brun, il fit combattre en son nom le taureau rouge et le taureau brun au nom d’Andriamanjaitse, si le taureau rouge l’emportait, c’est que Basola l’emporterait ; de même pour le taureau brun : s’il l’emportait, ce serait Andriamanjaitse qui l’emporterait. On aspergea les deux taureaux d’une eau d’énergie et ils entrèrent en lutte, Taureau-brun fut encorné par Taureau-rouge et s’enfuit vaincu s’enfuit dans la forêt, Basola exulta de joie car Taureau-rouge l’avait emporté, cela voulait dire qu’il l’emporterait aussi.

Ils firent une grande fête de famille. Arriva le jour du combat, tout le peuple invité à assister au combat était assemblé. De même Andriamanjaitse avait assemblé le peuple qui l’assisterait, Andria-manjaitse envoya un émissaire qu’on appelait « un aigle », pour dire qu’il était prêt et déjà tout proche.

Le fils aîné de Basola, Omar, dit à son père : « Je vais aller à la rencontre de nos ennemis ; si vous entendez un coup de fusil par-là, c’est moi. » Omar partit et se dissimula dans la forêt, attendant l’occasion de s’introduire dans l’armée d’Andriamanjaitse. Les gens non plus ne se connaissaient pas, parce qu’on avait appelé à la rescousse des gens de différents clans, ils n’étaient donc pas tous du même clan et cela facilita l’entrée d’Omar dans la troupe. Omar chercha dans quel groupe se trouvait le roi, et quand il reconnut qu’on était près du village, il tira sur l’un des membres de la troupe et mit le roi en joue sous son fusil, si bien que personne n’osa le toucher de peur qu’il ne tue le roi ; ils furent bien obligés de le suivre en douceur depuis làbas et Andriamanjaitse arriva au village de Basola et se trouva face au roi Maroseragna. Il dit à Basola : « Je suis prisonnier ; pour me délivrer, je te fais remettre les boeufs de trois parcs. » Basola répondit :
« Je n’ai pas besoin de tes boeufs, j’ai déjà les miens.
– Dis ce que tu veux et je te le donnerai.
– Tu me demandes ce que je veux ? Voici ce que je veux de toi : que tu remettes en ma possession ta personne et ton pays, voilà ce que je veux de toi.
– D’accord, fit le roi Andriambolamena (Andriamanjaitse). Soit, je te servirai, prends toute la terre dont tu as besoin, si c’est cela qui doit me libérer.
– D’accord, fit Basola, je vais te libérer, mais il nous faut d’abord accomplir le geste qui fera savoir que tu es mon prisonnier. On te retire ton pouvoir, à savoir ta marque d’oreilles de bœufs Magnampandra. » Magnampandra devint la marque d’oreilles des vaches de Basola.

« À commencer de ce jour, c’en est fini de ton pouvoir, c’est moi qui te dirige ainsi que tes gens, Maroseragna et tous ceux ici présents en sont témoins. » Tant qu’un roi n’est pas prisonnier de guerre, c’est de lui qu’on obtient une marque d’oreilles de bœufs, par contre, s’il est vaincu, il perd son pouvoir d’accorder des marques d’oreilles de bœufs, car ce sont ces marques d’oreilles de bœufs qui gouvernent les divers lignages : quand des bœufs paissent par-ci par-là et portent leur marque, on sait immédiatement que celui-ci relève de tel lignage ; par exemple, la marque Beifira, aussitôt, on a dans l’esprit que se sont les Maroseragna.

Basola s’adressa au roi et aux gens qu’il avait invités à assister au combat : « Vous êtes témoins de vos yeux et de vos oreilles de ce qui vient de se passer. Andriamanjaitse a été fait prisonnier et ne règne plus, mais voici ce que j’ai à vous dire à vous qui êtes ici présents : vous voyez bien que je suis un étranger, j’ai besoin d’alliés et non d’ennemis, je ne veux déshonorer personne, surtout pas ceux qu’on appelle rois, en les appelant esclaves. »

Depuis les origines en effet, les descendants de Rambo n’ont pas coutume de réduire les gens en esclavage, même aux gens ordinaires qui ne sont pas de familles princières, ils accordent honneur et pouvoir de gouverner avec eux.

« Ne m’appelez pas roi, mais appelez-moi Père, car je vous appelle mes enfants et je vous traite comme je traite mes propres enfants. Faites ce que vous voulez faire dans votre pays. Avant de clore cette fête, voici mes dernières paroles : aujourd’hui cesse l’emploi du mot esclave, on les appellera enfants. »

Maroseragna en entendant ces paroles dit : « Voilà des paroles qui me plaisent, ce sont paroles qui réjouissent (« mahafale ») mon cœur. » « Maintenant pourtant, dit Basola, il y a un acte à faire à la vue de tout le monde, pour que tous croient que cet Andriambolamena a été vaincu au combat ; voici des tripes de bœuf, sortez-les (= préparez-les) », dit Basola.

Andriamanjaitse dit à son tour : « Bien ! Qu’on me raconte, je suis déjà au courant ; qu’on m’en fasse le récit, je suis capable de comprendre. » Autrement dit, je suis vraiment captif : extirper des tripes pour un roi ! Andriambolamena se leva et se jeta sur les cornes d’un bœuf qui était là, il eut le ventre transpercé et mourut.

C’est Basola qu’on appela Mahafale. Il était le père de la paix. Ce nom ne fut pas appliqué qu’à Basola : même les Maroseragna portèrent ce nom. Le nom de Mahafale ne se limita pas au fleuve Linta, il s’étendit jusqu’à la Menarandra et à l’Onilahy. Il suffit de prononcer le nom de Mahafale pour que tout le monde pense « sagesse », car Basola était un sage, et si tu portes le nom de Mahafale, tu devrais être un modèle à imiter. C’est l’arrivée d’autres clans parmi les Mahafale qui fait perdre aujourd’hui aux Mahafale leur dignité, parce qu’ils perdent leurs us et coutumes. Seuls les clans authentiquement Mahafale conservent leur sagesse, on ne les trouve guère dans les mauvaises actions, comme les brigandages (pillards) et les détroussements, non plus que les Maroseragna.

Quand Maroseragna rentra chez lui, Basola lui donna le bœuf à trois cornes, celui pour lequel Andriamanjaitse et lui Basola s’étaient battus, en guise de souvenir. Arrivé à Ampasimahanoro, Maroseragna attacha au premier poteau de son hazomanga le bœuf à trois cornes que lui avait donné Basola.

Le texte que nous présentons ici est celui d’un cahier manuscrit rédigé en malgache par Christophe Tonisoa et traduit en français par François Noiret.
"Le Cahier de Tonisoa ou le Passeur de langue"