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La Sagesse Malgache ou pour un retour vers le futur

« Dieu c'est mon village. Tous les vivants ne forment qu'un seul Monde, car comme il n'y a qu'une vie, il n'y a qu'un seul Monde, la vie des hommes. »

J’aimerais revenir aujourd’hui sur un poste que j’ai fait le 30 septembre 2015 sur Facebook ou je citais cette phrase prononcée par un vieux monsieur.

Cette phrase m’a particulièrement marqué par sa force et les principes que l’on peut y lire entre les lignes. Pour vous aider à mieux appréhender ce que moi j’ai ressenti dans cette phrase je vous en citerais un autre texte celui Jacques Rabemananjara :
« On était solidaire parce qu’on se réclamait de la même lignée. On était solidaire en raison du voisinage et de la proximité, face aux périls et aux nécessités. L’aide mutuelle s’exerçait spontanément dans de nombreux domaines et de nombreuses circonstances. On était ensemble pour le travail des rizières, pour l’entretien des terres des personnes malades ou absentes. On était ensemble pour réparer ou construire les tombeaux. On portait secours aux vieillards, aux infirmes, aux souffrants. En cas de décès, c’était la communauté qui se chargeait de tout. Dans le contrat social, on était les uns pour les autres. »

Alors une idée d’où je veux en venir ?… Simplement de ce qui a fait le ciment du peuple malgache, le filongoa et le fihavañana. Pour vous en donner une définition je reprendrais celle de Eugène Régis MANGALAZA:
« C’est le sentiment de partager ce même flux vital qui lie et qui rapproche, aussi bien dans le temps que dans l’espace, les membres d’une même famille appelés mpihavaña ou mpilongo. ».

Je pourrais aussi vous citer celle de RANDRIANANDRASANA Joseph Justin :
« Le fihavañana est l’une des valeurs cardinales du patrimoine culturel malgache. À Madagascar, mythes et rites s’articulent autour de cette notion de fihavañana. Car le fihavañana ne se puise pas dans sa dimension interpersonnelle d’un ‘Je’ à un ‘Tu’ à l’intérieur du lignage ou dans sa dimension collective d’un ‘Nous’ à un ‘ Vous’ entre différents groupes lignagers qui se sont allié entre eux, mais il va bien au-delà des rapports entre les humains. En fait, tous les êtres constitutifs du cosmos (du monde minéral au monde animal) forment une seule et même famille. Le tout cosmique est lié. Dans la pensée malgache, le fihavañana est l’humanisation de ce lien cosmique et nous conduit au divin.»

Donc à Madagascar on peut dire que le fihavañana servait de modèle de penser et d’agir pour un mieux vivre ensemble. Mais ce concept allait beaucoup plus loin que la seule structure lignagère, car elle s’ouvrait aussi à la société. En cela le fihavañana mêle le flux vital (l’ancestralité) au flux social qui est le même village, la même vallée…

La dernière phrase dans la citation de Jacques Rabemananjara est très forte « Dans le contrat social, on était les uns pour les autres. », elle est forte, car elle peut être et manipuler de deux manières différentes. Dans la première elle exprime la solidarité et l’union qui existent entre les membres d’une même famille, d’une même cour, d’un même village, d’un même clan… Cela explique et justifie la prévalence de la collectivité sur l’individu. La deuxième celle des « bons penseurs » qui cherche à démontré, sans trop réfléchir que le fihavañana est un frein au développement et à l’évolution.

Le fihavañana n’est ’il pas simplement la cohésion qui doit régner au sien d’une équipe de foot, de rugby ou de basket, qui permet à l’équipe de gagner et de vaincre l’adversaire ? Le port du même maillot au sein de l’équipe n’est-il pas d’abord un signe de cette cohésion qui unit les membres de l’équipe dans un but commun gagné ? La force de l’équipe et d’abord composée de l’entité même que représente l’équipe, ensuite du capitaine qui le dirige, de l’entraineur qui établis la stratégie et qui parle au nom du groupe et enfin de l’expérience cumulée de l’ensemble des acteurs de l’équipe.

Cette organisation impose, au groupe à l’équipe, un certain nombre de contraintes qui sont susceptibles d'intervenir favorablement ou défavorablement sur sa cohésion. Ainsi la récompense coopérative, le fait qu'un groupe soit récompensé selon sa productivité, augmente la cohésion entre ses membres, tandis que la récompense compétitive ou récompense des individus l'amoindrit (Deutsch, 1949). L’individualisme donc à un certain niveau détruit la cohésion du groupe au profit de l’acquis personnel. Mais la réussite de l’individu ne doit pas non plus être un frein à l’évolution de l’équipe, pour marquer un but il n’y a obligatoirement qu’un joueur qui tape dans ballon, mais toujours pour la réussite de l’équipe.

À chaque fois qu’une crise à risquer de faire basculer le pays dans le chaos de la violence, suite à une crise politique, les vois de la sagesse malgache se sont levé pour rappeler que tout cela n’était qu’une course au pouvoir individualiste de certain et non une course pour le mieux-être du peuple et de la nation. La réussite de l’individu ne peut être que dans la mesure où elle contribue peu ou prou à bien être du groupe sinon elle génère jalousie au sein du groupe et avidité, cupidité, soif de pouvoir au niveau de l’individu.